Aubagne : Gérard Gazay et la ruine de Rome

La méthode Gérard Gazay pour privatiser les services publics

Aubagne souffre. Physiquement par manque d’entretien et d’investissements, mais aussi moralement pour une ville habituée à jouer les premiers rôles départementaux qui se voit progressivement devenir un sous-arrondissement de Marseille. Retour sur la stratégie Gazay : affaiblir les services publics (cantines comme hôpital) pour pouvoir les brader aux multinationales.

La linaire cymabalaire (Cymbalaria muralis), est une sorte de lierre qui aime tapisser les vieux murs. Elle est surnommée la « ruine-de-Rome ». Ce nom suggère bien qu’elle est capable de désolidariser les vieilles pierres et de provoquer, par défaut d’entretien, l’effondrement des monuments construits dans l’Antiquité.
A Aubagne, cette ruine de Rome est désormais partout.

« Regardez comme c’est dégueulasse ! Les poubelles sont pleines, et les gens continuent à jeter leur déchets» se plaint ce commerçant de la vieille ville qui souhaite rester anonyme. « La différence entre Attila et Gazay ? C’est qu’au moins là où Attila passe l’herbe ne repousse pas ! Dans ma rue, l’herbe est tellement haute que j’ai peur de me faire attaquer par un lion ! » plaisante cet aubagnais qui habite vers la Fenestrelle. « Les seuls qui se régalent ce sont les rats de l’Huveaune, ils sont partout ! » nous confiait cette maman à la sortie de l’école Antide Boyer.

A quoi peut-être dû cet état de délabrement ? A un manque de moyens pour travailler pour les agents du service public. C’est certain, la baisse continue des budgets de fonctionnement des services depuis l’arrivée de la municipalité Gazay a un impact. Comme le dénonçait Denis Grandjean, conseiller municipal écologiste d’opposition, lors du dernier Conseil municipal : «  Ce qui change la vie dans notre ville, ce qui éteint notre identité Aubagnaise, ce sont nos rues et nos quartiers si peu entretenus, nos écoles tant négligées, le quotidien de nombre d’agents municipaux déclassés ou déplacés, l’entrée payante à Festimôme, la piscine de centre ville fermée…  C’est tout cela qui se cache, sans jamais être assumé, derrière les chiffres du budget. » Un budget de fonctionnement encore en baisse de 3% cette année.

L’exemple par la privatisation des cantines scolaires

Quand on reprend le fil des événements qui ont conduit à la privatisation de la cuisine centrale et des restaurants municipaux on trouve cette logique manœuvrière. Tous cela s’appuie bien sûr sur une pensée dominante relayée par les grands médias et par les partis politique au pouvoir depuis 40 ans : le problème c’est la dépense publique, il ya trop de fonctionnaires…

Etape 1 : la dette, la dette, la dette…
Tel l’Avare de Molière assis sur sa cassette pleine d’or, les élus de la majorité répètent à l’envie, assis sur leur documents budgétaires, que rien n’est possible à cause de « la dette, la dette, la dette »…
Quand on regarde dans le détail, après 3 ans d’austérité à la sauce Gazay, traitements luxueux pour les cadres venus de Marseille, frais de bouche exorbitants pour les élus de la majorité, ou voiture de luxe pour le Maire d’un côté. De l’autre pas de papier toilette dans les écoles, des fournisseurs plus payés, quasiment aucun travaux d’entretien dans les équipements sportifs…
Donc après 3 ans de ce « régime » la dette a augmenté de 1,8 million d’Euros comme l’indique les documents budgétaires présentés lors du Conseil municipal du 29 juin ! A ce rythme l’excuse de la dette est donc là pour longtemps… Très longtemps…
Une excuse d’autant plus fausse qu’en 2017 comme en 2013 ou 1999 la Ville d’Aubagne n’a aucune difficulté à faire face aux remboursements et que les établissements bancaires sont toujours disposés à lui prêter.

Etape 2 : salauds de fonctionnaires
C’est la partie la plus idéologique de la stratégie Gazay : quand on veut tuer son chien on l’accuse d’avoir la rage. Et donc ce serait la faute du Service Public « pas performant, pas efficace ». « Le privé peut faire mieux pour moins cher ». Et quand les utilisateurs n’ont rien à reprocher à la qualité du service rendu – et c’était le cas de la cuisine centrale – la municipalité change les règles de fonctionnement. Tous les parents se souviennent de la rentrée scolaire 2016 et du règlement cantine totalement absurde. Un règlement qui a fait grandir l’idée d’un service public dépassé et inefficace, alors qu’il suffisait de conserver le règlement antérieur.

Etape 3 : mon nouvel ami la multinationale !
Une fois artificiellement installée l’idée que le service public coûte trop cher, qu’il est inefficace la stratégie Gazay a la solution : la délégation de service public ! C’est le nouveau nom pudique que les libéraux ont donné aux privatisations. Et ce n’est jamais l’entreprise du quartier ou du coin qui gagnera le marché, mais la grande multinationale pour la cantine d’Aubagne c’était couru d’avance la Sogéres (filiale à 100% de la Sodexo) aller gagner. Pour en être certain, la ville mandate à prix d’or un pseudo expert, « Poivre et Sel » pour ce qui concerne Aubagne, dont le dirigeant est un ancien cadre de la multinationale…
Bien évidemment, les salariés concernés, leurs collègues effrayés par la brutalité de la méthode, les parents d’élèves conscients de la perte en qualité induite par la privatisation vont à juste titre se mobiliser, faire grève. Mais c’est trop tard…
Pour faire semblant de les amadouer les élus vont se transformer en représentants de la multinationale : promettant monts et merveille : une mûrisserie, des menus bio et locaux… Jusqu’à l’improbable promesse d’un Alain Rousset premier-adjoint au maire de « carrelages insonorisés » dans les cantines…

Mais les dégâts sont là. La ruine de Rome a fait son effet. Pierre à pierre l’édifice du service public a été sapé par des élus censés le défendre. Il peut s’écrouler et la multinationale comme un coucou viendra prendre sa place et servir un rendement de 15% à ses actionnaires au détriment de la qualité des repas des écoliers aubagnais. (Lire à ce sujet l’article de l’Express : Sodexo va continuer à gâter ses actionnaires).

Pour le service de nettoiement de la voirie ont est donc déjà rentré dans la phase 2. On prive les agents des moyens de nettoyer correctement la ville et on entend déjà fleurir les remarques sur le ton : « ces feignasses de balayeurs »…
Chez Matin 9 on prend les paris que la phase 3 de la privatisation n’est plus très loin et que la solution s’appellera cette fois Onet…

Le choix de la métropole

On ne fera pas l’insulte à Gérard Gazay de penser qu’il a inventé seul ce système. En effet, il a juste copié les recettes de la gestion à la « Marseillaise ». Ou tout ce qui est « rentable » est confié aux grandes multinationale et où le reste et – en premier lieu les écoles – est laissé à l’abandon.

« L’ombre de la Bonne Mère envahit le Garlaban » la formule percutante est de Yves Mesnard, le maire de Roquevaire, qui constate avec inquiétude comment depuis la mise en place de la Métropole Aix-Marseille-Provence la place de Marseille était devenue prépondérante dans les choix de gestion des communes alentours.

La même recette pour l’hôpital

Mais Gérard Gazay pousse le vice à appliquer cette logique même en dehors des champs de compétence de la commune. C’est par exemple son engagement au côté de l’Agence régionale de la santé à favoriser un partenariat public-privé (autre nom pudique que les libéraux donnent aux privatisations) entre l’hôpital public d’Aubagne et la clinique privée La Casamance.
Un Maire et une équipe municipale qui se mettent systématiquement au service des multinationales, le plus souvent au détriment de la qualité des services rendus à la population.

Maintenant aux Aubagnais vigilants de se transformer en jardinier pour surveiller leur patrimoine public en empêchant la ruine de Rome de s’installer entre de nouvelles pierres. C’est le sens du collectif « Défendons l’Hôpital Public d’Aubagne».

Alain Morand